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Le livre du moisDécembre 2008

Leonhart Fuchs
De Historia stirpium commentarii insignes...[Commentaires insignes sur l'histoire des plantes...]

Bâle : à l’officine d’Isengrin, 1542.

Cote BIUP : RES 105945

Page de titre
Page de titre
Marque de l'imprimeur Isengrin

Portrait de Leonhart Fuchs (1501 - 1566)
Portrait de Leonhart Fuchs
dans sa 41e année

Leonhart Fuchs (1501-1566), médecin originaire de Wending (Bavière), fut d’abord titulaire (1526-1528) de la chaire de médecine de l’université d’Ingolstadt (qui l’avait reçu docteur en 1524).
Acquis aux idées de la Réforme luthérienne, Fuchs quitte ce bastion catholique pour devenir médecin du prince Georges de Brandebourg. En 1529, il concourt ainsi efficacement à la lutte contre une épidémie de suette qui sévissait en Allemagne méridionale (à Anspach), et se fait remarquer l’année suivante par la publication de ses véhémentes Erreurs des médecins modernes (prenant le parti des médecins « hellénistes » contre les « arabistes »).

Il occupa à partir de 1535 la chaire de médecine de l’université de Tübingen et se chargea d’y réorganiser les études, selon le vœu du duc Ulrich de Württemberg (réformé comme Fuchs) ; il déclina par la suite les offres du roi de Danemark (qui organisait alors l’université protestante de Copenhague) et de Côme de Médecis (qui lui offrit de diriger le premier jardin botanique moderne, fondé à Pise en 1543).
A Tübingen, Fuchs introduisit la pratique des cours d’herborisation, répandit les théories anatomiques nouvelles de Vésale, et publia abondamment (manuels, traductions, commentaires de Galien…).

En 1542, il livra au public son œuvre majeure, De historia stirpium, qui fut suivie de multiples adaptations, traductions et rééditions au cours des décennies suivantes dans toute l’Europe.
Fuchs rassembla jusqu’à sa mort d’importants compléments à son histoire des plantes (dont un manuscrit désormais conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche), et dut financer seul la publication de ses ouvrages.

Le mélilot
Le Mélilot
(Melilotus Germanica)

Le genre Fuchsia a été baptisé en l’honneur de Fuchs par le père Plumier, botaniste qui, le premier, décrivit ces plantes à Saint-Domingue à la fin du XVIIe s.

L’ouvrage ici présenté est entré en 2008 dans les collections de la BIUP, grâce au don fait par la faculté de pharmacie de Paris de plusieurs documents jusqu’alors exposés dans les vitrines de la salle René Fabre.
Sur chaque planche figure également le nom vernaculaire français de chaque plante, rajouté manuscritement (sans doute au XVIIe s. ou au début du XVIIIe s.).

Le Lamium  Le Prunier
Le lamier           Le prunier

De Historia stirpium constitue un chef-d’œuvre d’expression graphique de la Renaissance et marque un tournant dans l’histoire de la botanique, qui, d’une sous-branche de la médecine, devient au XVIe s. une science d’observation plus autonome.
L’ambition affichée par Fuchs dans sa dédicace à l’Electeur de Brandebourg est de réaliser une synthèse des connaissances en botanique, et de dépasser les erreurs et imperfections de ses prédécesseurs anciens ou directs (dont les contributions sont rappelées par un bref historique).

La digitale
La digitale pourpre
(Digitalis purpurea)

Classés par ordre alphabétique des noms grecs, les 343 chapitres de l’ouvrage correspondent chacun à une plante ou à un groupe de plantes (dénominations et synonymes, morphologie, variétés du genre, distribution géographique, cycle de végétation, et enfin vertus et usages selon Dioscoride, Galien, Pline, et selon les auteurs récents).
Les renseignements donnés, bien que généralement hérités du corpus antique et médiéval, ont pu être éprouvés et vérifiés par l’auteur (cas de la digitale).

Le maïs
Le maïs
"Turcicum frumentum" (Blé de Turquie)

Sont livrées au public européen les descriptions princeps de quelques plantes récemment découvertes en Amérique, dont le maïs, la citrouille, le piment du Chili… en plus d’environ 400 plantes présentes dans les pays allemands et d’autres plantes étrangères.

Outre quelques innovations terminologiques (dont l’introduction de l’étamine, stamina, dans son glossaire), l’apport principal de l’ouvrage réside dans la précision et la qualité artistique de ses 512 illustrations aquarellées.

La citrouille et le melon
La citrouille et le melon

Les artistes au travail
Les artistes au travail

A la suite d’Otto Brunfels (qui dans les années 1530, en publiant Herbarum vivae eicones, avait définitivement rompu avec l’illustration symbolique du Moyen Age et des premiers herbiers ou « Jardins de santé » imprimés) et de Jérôme Bock (New Kreütter Buch, 1539), Fuchs donne à l’iconographie un rôle central et didactique (à destination d’abord de ses étudiants en médecine et de ses collègues médecins).
Il s’assura pour ce faire le concours de trois artistes majeurs afin de livrer au public les représentations les plus précises possibles des plantes décrites. En leur hommage, Fuchs fit insérer en fin d’ouvrage les portraits de ces artistes au travail : il s’agit du peintre Albrecht Meyer (qui dessina les échantillons d’après nature avec des spécimens cultivés par Fuchs dans son jardin ou rassemblés dans son herbier), du dessinateur Heinrich Füllmaurer (pour la copie du dessin sur bois), et du graveur Vitus Rudolph Speckle (pour la xylogravure).

De historia stirpium... eut notamment, par sa rigueur nouvelle, une influence directe sur les travaux des premiers botanistes classificateurs tels que Rembert Dodoens ou les frères Bauhin, et par ses nombreuses adaptations et rééditions, connut également un large succès populaire.

Joëlle MAGNIN-GONZE, Histoire de la botanique, Paris : Delachaux et Niestlé, impr. 2004, 217 p
[cote BIUP : 211438]

Werner DRESSENDÖRFER (éd.), Klaus DORAT (préf.), Annie BERTHOLD (trad.), Le nouvel herbier de 1543 [New Kreüterbuch], Taschen, cop. 2001, 960 p.
[cote BIUP : 212713]

Agnes ARBER, Herbals, their origin and evolution : a chapter in the history of botany, 1470-1670, Cambridge University Press, 3e éd., 1986, XXXII-358 p.
[cote BIUP : 212510]


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