Février
2009
Ibn Butlan
Tacuini sanitatis
Elluchasem Elimithar. De sex rebus…
[Tables de la santé par les six causes…]
Argentorati :
J. Schott, 1531.
Cote BIUP : RES 6884
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Bains et massages
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Ibn Butlan (début XIe s. – v. 1063 ; également orthographié «
Eben Bothlan », et devenu « Elluchasem Elimithar » sous la
plume des
traducteurs latins), né à Bagdad au temps de l’apogée politique et
culturel du califat abbasside, étudia la médecine et la philosophie
dans le quartier chrétien d’Al-Krakh. Tout comme son maître Ibn
al-Taiyib, auteur de commentaires sur les textes des médecins de
l’Antiquité, Ibn Butlan était de confession nestorienne (les Chrétiens
nestoriens durent fuir l’Empire romain d’Orient après le concile
d’Ephèse en 431, suite notamment à leur refus de reconnaître le dogme
de la Trinité). Bénéficiant de la protection des Perses sassanides puis
de l’empire islamique, voyageant et prêchant leur foi jusqu’en Extrême
Orient, les Nestoriens conservèrent, traduisirent et complétèrent
durant plusieurs siècles les traités scientifiques hérités des Grecs.
Nombre d’entre eux s’illustrèrent dans le domaine de la santé :
Sérapion, Mésué, Johannitius… figurèrent ainsi parmi les plus grands
noms de l’art pharmaceutique arabe, et furent des maillons essentiels
dans la transmission des savoirs des Anciens à l’Occident médiéval et
renaissant.
Pains et céréales
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En 1047, Ibn Butlan quitta l’Iraq, voyagea à travers le
Proche-Orient, puis s’établit au Caire (1049) où il polémiqua avec son
rival médecin et philosophe Ibn Ridwan. En 1054, il partit pour
Constantinople, et y étudia les effets d’une grave épidémie de peste.
Il fut chargé d’un service d’hôpital à Antioche, avant de se retirer
dans un monastère de cette ville où il mourut sans doute vers 1063.
Outre ses Taqwim
as-sihha (Tables de santé), on doit à Ibn Butlan de
nombreux traités, tels que : Traitement
des maladies dues aux aliments habituels, Essai sur l’ingestion de
purgatifs, Traité
pour l’achat d’esclaves, Manuel pour les monastères et
les moines, un abrégé de la doctrine de Galien… Des
auteurs plus tardifs (Ibn al-Qifti notamment) conservèrent la teneur de
ses violents échanges avec Ibn Ridwan, au cours desquels Ibn Butlan
reprend à son compte de nombreux concepts aristotéliciens et
empiristes.
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Tables de la santé
:
table I (fruits) |
Le mot latin tacuinum,
calqué sur l’arabe taqwim
(litt. : redressement, mise en ordre), désignait au Moyen Age
des commentaires en forme de tableaux (on en retrouve la trace dans
l’italien taccuino :
agenda, almanach). L’essence de l’ouvrage réside en effet dans la
condensation en 40 tables synoptiques (et 280 articles) de nombreuses
opinions, observations et recettes en matière de diététique et de
santé. Chaque table occupe deux pages en vis-à-vis et est divisée en
colonnes, disposition largement respectée dans la présente édition.
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Produits lactés :
fromages frais et vieux

Viandes
Pâtisseries
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Tandis que les médecins grecs s’adressaient surtout à
des classes privilégiées, Ibn Butlan donne une certaine dimension
sociale aux questions de santé, justifiant ainsi son entreprise de
synthèse : « ce que le public demande aux sciences,
c’est leur aide, et non des preuves et des définitions ».
Sans aller jusqu’aux systématisations parfois extrêmes du Canon
d’Avicenne, et en conservant toujours un esprit expérimental, il
définit des « canons » ou lois fondamentales de l’alimentation et de
l’hygiène (par ex. : il convient de quitter la table en ayant encore
faim ; quelles sont les règles de non-association entre aliments, les
manières d’analyser les aliments composés).
L’histoire de ce texte, reconstituée par M. Elkhadem,
est d’abord celle du succès qu’il rencontra dès le XIe s. en
Orient. Sa mise en forme, inspirée des présentations tabulaires
employées par les astronomes arabes pour décrire les mouvements des
planètes, fut reprise par de nombreux Taqwim médicaux et
scientifiques après Ibn Butlan. Sans doute traduits en latin au XIIIe
s. pour Charles d’Anjou (par son médecin juif Ferragut, traducteur
officiel
du royaume de Sicile), les Tacuini
sanitatis évoluèrent vers des formes abrégées de plus en
plus éloignées du texte originel : les articles des manuscrits latins
servent alors de base à des enluminures illustrant des scènes de la vie
quotidienne au Moyen Age.
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La première édition imprimée de l’ouvrage, publiée en
1531 à Strasbourg par Johannes Schott (1500-1544), est relativement
fidèle aux textes arabes, bien qu’il ne s’agisse nullement d’une
nouvelle traduction. Devant le succès de l’ouvrage, en phase avec le
regain d’attention portée par les humanistes à l’égard des questions
d’hygiène et de santé publique, Schott en fit paraître dès 1533 une
traduction allemande (réalisée par le médecin strasbourgeois Michel
Herr).
L’iconographie, de grande qualité, se déploie à chaque double page sous
forme d’une frise de gravures sur bois illustrant les sept articles de
la table : bien que des incertitudes demeurent, on les attribue
généralement à Hans Weiditz le Jeune, membre d’un groupe d’artistes
comprenant A. Dürer et H. Holbein [voir à ce sujet les recherches de E.
Wickersheimer].
Ces représentations (faune et flore, aliments, travaux des jours et
scènes de la vie quotidienne…) sont remarquables par leur vivacité,
quelquefois par leur précision, et offrent de saisissants aperçus sur
la vie quotidienne au Bas Moyen-Age et à la Renaissance.
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Musique et états psychologiques
Sports
Etats physiologiques
Sexualité
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Astrologie, épidémies
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En fin d’ouvrage ont été ajoutés deux autres traités
médicaux arabes : De
virtutibus Medicinarum et Ciborum d’Albengnefit [médecin
et vizir à Tolède au XIe s., préconisant comme Ibn Butlan d’user de
diététique avant de recourir aux médicaments] et De rerum gradibus
d’Al-Kindi [une des toutes premières tentatives de quantification
pharmacologique et de mesure mathématique de l’effet des drogues, par
un grand philosophe et savant Bagdadien du IXe s.].
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Hosam Elkhadem, Le
"Taqwim al-Sihha" (Tacuini sanitatis) d'Ibn Butlan : un traité médical
du XIe siècle. Histoire du texte, édition critique, traduction,
commentaire,
Louvain : Peeters, 1990, 345 p.
[Les extraits traduits sont généralement empruntés à ce travail
magistral.]
Lucien Leclerc, Histoire
de la médecine arabe : exposé complet des traductions du grec ; les
Sciences en Orient, leur transmission à l'Occident par les traductions
latines,
Paris : E. Leroux, 1876, t. 1, p. 498-492.
[cote BIUP : RES 13479]
George Sarton, « Tacuinum, taqwim », Isis, X, 1928, p.
490-493.
[Cote BIUP : P 30631]
Ernest Wickersheimer, « Les Tacuini sanitatis et leur
traduction allemande par Michel Herr », Bibliothèque d’Humanisme et de
Renaissance,
XII, 1950, p. 85-97.
Bibliothèque nationale de France, exposition virtuelle "Gastronomie médiévale" (en ligne) :
"Viandes et produits laitiers dans le Tacuinum Sanitatis"
Pour tout renseignement complémentaire,
vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie
Feurtet