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Le livre du moisMai 2009

Jean de Renou
Les oeuvres pharmaceutiques, augmentées d'un tiers en cette seconde édition par l'auteur ; puis traduites, embellies de plusieurs figures nécessaires à la cognoissance de la Médecine et Pharmacie, et mise en lumière par M. Louys de Serres...

A Lyon : chez Antoine Chard, 1626.

Cote BIUP : RES 92

Frontispice au jardin médicinal
Frontispice au jardin médicinal

Portrait gravé de Jean de Renou et Louis de Serres
Portraits gravés de
Jean de Renou
et Louis de Serres

On sait peu de choses sur Jean de Renou. Né à Coutances (Cotentin) vers 1560 et mort vers 1616, docteur en médecine, il s’établit à Paris pour y exercer son art. Il se spécialise tout particulièrement dans l’étude de la matière médicale, ce qui l’amène à fréquenter les officines d’apothicaires parisiens, en l’hommage desquels il rédige une épître dans son Antidotaire, paru en 1608 en latin avec ses Institutions pharmaceutiques [cote BIUP : RES 29112]. Cette épître [Meritissimis dignissimisque viris pharmacopoeis parisiensibus, dans laquelle Renou assure aux maîtres apothicaires parisiens qu’il n’a rencontré un savoir-faire comparable au leur qu’en pays allemands] précède immédiatement le Serment des apothicaires et est absente de la traduction de Louis de Serres ici présentée.

Le serment des apothicaires
Le serment des apothicaires

La boutique pharmaceutique
La boutique pharmaceutique :
Gravures de 1608 et 1626.

D’abord publiées en latin en 1608, les Institutions en cinq livres, auxquelles s’ajoutent trois livres de matière médicale. A cela s’ensuit la Boutique pharmaceutique, ou Antidotaire [Institutionum pharmaceuticarum libri quinque, quibus accedunt de materia medica libri tres. Omnibus succedit Officina pharmaceutica sive Antidotarium, Paris, G. de la Noue, 1608] de Jean de Renou remplissent principalement deux objectifs : le premier, de proposer une encyclopédie de l’apothicairerie éprouvée par l’expérience, corrigeant les erreurs des Anciens et des Arabes, et opérant des sélections parmi les nombreuses pharmacopées et innovations dans l’art de guérir ayant vu le jour au XVIe s. ; le second, de (ré)affirmer le contrôle des médecins sur les apothicaires, en distinguant les bonnes et les mauvaises pratiques, et en imposant un code de conduite à une profession de plus en plus autonome et influente.Cette codification se trouve condensée dans le fameux « serment des apothicaires », ancêtre du serment de Galien prêté encore aujourd’hui par tout diplômé en pharmacie.

C’est sous le titre d'Œuvres pharmaceutiques de Jean de Renou qu’un autre médecin, Louis de Serres, publie la première traduction française des Institutionum pharmaceuticarum en 1626, à Lyon, à partir de rééditions latines (Francfort 1615, et édition augmentée de Paris 1623). Louis de Serres, agrégé au collège des médecins de Lyon, considérant l’œuvre de Renou comme la synthèse de l’art pharmaceutique la plus complète et la plus claire jamais réalisée (loin des « rapsodies » de la pharmacopée d’Augsbourg, des oublis de la pharmacopée de Dubois, ou d’innombrables traités commis par de médiocres « pharmacacographes »), entend par cette traduction « conduire par la main » tous les « vrais pharmaciens français », et particulièrement les jeunes apothicaires qui ne sont pas versés dans la langue latine.

« [Renou] n’a rien mis [en sa Pharmacopée] qui soit difficile, ou superflu, ou emprunté : ou s’il a emprunté quelques petites pièces de Dioscoride, de Pline, de Mésué, de Garcias des Jardins, et quelques autres semblables auteurs, il a imité en cela les abeilles qui pillottent de çà de là diverses fleurs, mais en font après leur miel qui est tout leur, de sorte que ce n’est plus ni thym ni marjolaine… »

Première planche de matière médicale
Première planche de
matière médicale

Matière médicale animale (détails)
Matière médicale animale
La canne à sucre
La canne à sucre

Racine de mechoacan et agaric
La racine de mechoacan
et l'agaric

L'arbre du sang du dragon
L'arbre du sang du dragon

Les Oeuvres traduites en 1626 sont réparties en deux ouvrages principaux : d’une part les Institutions pharmaceutiques, faisant le point sur les qualités, la préparation et la composition des médicaments, et suivies d’une pharmacopée intitulée Discours de la matière médicinale ; d’autre part, la Boutique pharmaceutique ou Antidotaire, traitant de l’organisation matérielle de l’apothicairerie et s’achevant par une étude des différents types de médicaments (des sirops et onguents jusqu’aux eaux minérales).

Ainsi que le rappelle Renou, « la pharmacie n’est pas respectable à demi puisqu’elle procure au bien-portant la conservation de sa santé, au malade la guérison, au mort les honneurs » [i.e. par l’embaumement des corps]. Mais l’irruption de nouvelles drogues américaines ou orientales, et la spécialisation croissante du monde médical renaissant en trois branches de savoirs et de savoir-faire (médecins, puis chirurgiens et apothicaires considérés comme subalternes), expliquent aussi largement l’attention croissante portée aux questions pharmaceutiques par la corporation médicale. En plus de définir et d’analyser en détails les ingrédients et formes des médicaments (définis comme ce qui « tient le milieu entre aliment et poison »), Renou s’efforce donc de définir le rôle de l’apothicaire : « Il doit avant tout croire en Dieu et pratiquer le culte, se défendre de toute haine et jalousie, être sain d’esprit, connaître la grammaire (c’est-à-dire le latin), n’être ni besogneux ni trop riche », et être prêt à travailler patiemment nuit et jour.

L’opposition classique entre le savoir docte du philosophe-médecin et le savoir-faire de l’apothicaire vénal s’atténue insensiblement, avec la place faite dans la Boutique pharmaceutique à l’organisation matérielle, à la typologie et à l’utilisation des instruments (bien que les instruments de chimie, desquels sont issus les nouveaux médicaments iatrochimiques, soient généralement assimilés par Renou à des « instruments de tromperie » et des fantaisies charlatanesques). Cette reconnaissance nouvelle est en quelque sorte la contrepartie d’une volonté de surveillance accrue de la part du corps médical.

Une version numérisée de l’édition de 1626 est disponible sur le site des Bibliothèques Virtuelles Humanistes (Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance, Tours).
L’ouvrage numérisé ne comporte pas les 6 planches de matière médicale.

Eugène-Humbert Guitard, Manuel d'histoire de la littérature pharmaceutique, Paris : Caffin, 1942, p. 46-47. [Cote BIUP : 47088]

C. A. Ernest Wickersheimer, La médecine et les médecins en France à l’époque de la Renaissance, Paris : A. Maloine, 1905, p. 439-445. [Cote BIUP : 23871]

Paul Dorveaux, « Le serment des apothicaires chrétiens et craignant Dieu », Bulletin des sciences pharmacologiques, mai 1914. [Cote BIUP : 33842]
De nombreux historiens du XIXe s., avant cet article de Dorveaux, ont affirmé à tort avec Cadet de Gassicourt (1813) et A. Philippe (1854) que le texte du Serment des apothicaires craignant Dieu était un document du Moyen Age (XIIIe s.). De nombreuses versions de serments existaient dès les XIe-XIIe siècles.

Magdalena Kozluk, « Cette grande et vaste mer de médicamens : le statut de la pharmacie et la figure de l’apothicaire dans la préface médicale de la Renaissance (1528-1628) », Revue d’histoire de la pharmacie, , t. 56, n°358, 2008, p. 203-216. [Cote BIUP : P 30268]

« La pharmacie du Grand Siècle : la boutique pharmaceutique du Sieur Jean de Renou », Ordre des pharmaciens, 2 p., s. d. Disponible en ligne.


Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie Feurtet


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