Novembre
2009
Barthélémy
l'Anglais,
Le Propriétaire
des choses très
utille et proffitable aux corps humains avecques additions nouvellement
adjoustées...
Rouen,
1512. Cote BIUP : RES 6290
Le
Grand Proprietaire de toutes
choses. Tres utile et profitable pour tenir le corps humain en santé...
Translaté de Latin en François par maistre Jean Corbichon.
Paris :
Jean Macé, 1556. Cote BIUP : RES 5851
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Feuilleter les gravures
des éditions de 1512 et 1556
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Tables de l'édition de 1512
[Cote BIUP : RES 6290] |
On dispose de peu d’indications au sujet de Barthélemy
l’Anglais, érudit franciscain ayant vécu au XIIIe siècle,
et auteur du De proprietatibus
rerum ([Livre] des
propriétés des choses).
Différentes hypothèses sur son identité ont circulé (Anglais, Français,
Bourguignon, Praguois…), depuis l’époque où Léopold Delisle, directeur
de la Bibliothèque nationale, en cataloguant en 1888 différents
manuscrits du Propriétaire
des choses, en fit un auteur français. On
l’a souvent surnommé « Barthélemy de Glanville » dans les textes, du
nom d’une famille normande ayant fait souche en Angleterre (il s’agit
d’une confusion remontant à John Leland, qui au XVIe s., avait lu ce
nom dans le colophon d’un manuscrit du XIVe s.) ; d’autres auteurs
anglais en firent encore un membre de la famille des comtes de Suffolk.
Barthélemy fit sans doute ses études en théologie et en
sciences de la nature à Oxford (peut-être à Chartres), et acquit une
réputation de fin connaisseur des Ecritures à Paris, où il rejoignit la
toute nouvelle étude parisienne de l’ordre des Franciscains pour y être
lecteur en théologie. La première référence écrite à Barthélemy
l’Anglais figure en 1230 dans la Chronique
du frère franciscain
Giordano de Giano : Barthélemy est alors envoyé de France en Saxe pour
y organiser la présence franciscaine, avant de devenir ministre
provincial en Autriche, puis à nouveau à Magdeburg (longtemps l’une des
frontières de la Chrétienté occidentale). Il décède sans doute en 1272.
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Jean
Corbichon (ou Corbechon), ermite de Saint-Augustin au
milieu du XIVe s., lecteur de la Bible en Sorbonne, devient en 1372
chapelain du roi de France et maître en théologie. En héritier de la translatio studii
et de Charlemagne, Charles V (dit le Sage, règne
1364-1380) encourage les traductions d’oeuvres majeures du latin vers
le français (ainsi pour le Policraticus
de Jean de Salisbury, véritable
encyclopédie morale et traité de l’art de gouverner à l'usage du pouvoir royal, traduit par le franciscain Foulechat en 1372). Un siècle
après la rédaction de l’ouvrage en latin, Corbichon cherche à rendre
accessible les contenus très variés du Propriétaire des choses,
à la
fois pour l’instruction du roi et « pour le profit du
peuple ». Le
principal problème qu’il rencontre tient à l’importance tenue par les
étymologies latines dans le texte original, ce qui l’amène à adopter au
cas par cas différentes méthodes de rendu (usage d’autres sources
justificatives que l’auteur, création de toutes pièces d’étymologies
jouant sur les consonances, etc.).
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On ne parle d’encyclopédie,
au sens strict, qu’après la
Renaissance (le terme est forgé à partir du grec et introduit en
français par Rabelais dans Pantagruel)
: c’est donc une forme
d’anachronisme que de parler d’encyclopédie
médiévale, d’autant qu’une
longue tradition historiographique a identifié le savoir médiéval avec
une vision fixiste de la nature, prisonnière de la théologie. Certes,
bien en amont de la naissance des sciences modernes, les principales
fonctions d’une compilation médiévale sont principalement de procurer
un substitut à une multiplicité de livres, et surtout d’indiquer les
voies du salut et de la rédemption. Le Livre des Propriétés des choses,
achevé par Barthélemy vers 1240 ou peu après, n’en constitue pas moins
l’une des sommes les plus importantes du Moyen Age en matière de
connaissances sur la nature des choses et sur les choses de la nature
(avec celle écrite par le Dominicain Vincent de Beauvais quelques
années plus tard : Speculum
majus, le Grand
miroir), et vient couronner
une longue tradition des compilateurs remontant à Isidore (évêque de
Séville, auteur des Etymologiae
au début du VIIe s. qui définissent pour
plusieurs siècles les règles de la transposition encyclopédique, fondée
sur la mise en ordre des savoirs et sur la brièveté de leur
restitution) et se prolongeant à travers Raban Maur, Honorius d’Autun
ou Bède le Vénérable. De manière classique, Barthélémy ordonnance ses 19
livres en partant de Dieu et en descendant jusqu’aux éléments les plus
humbles de la Création et jusqu’aux artefacts.
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Le Livre V :
L'anatomie humaine |

Le Livre VI :
Âges de l'homme et société |

Le Livre VII :
Maladies et remèdes |
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Le XIIIe s., avec la fondation d’ordres à vocation plus
urbaine, tels que les Franciscains ou les Dominicains, voit l’émergence
d’une nouvelle figure de l’intellectuel (cf. les travaux de J. Le Goff)
et d’un nouveau public cultivé et universitaire, parfois non
ecclésiastique. L’objectif de l’ouvrage de Barthélemy, frère mineur
dont la règle est fondée sur l’étude et sur l’évangélisation, tient en
partie dans la volonté d’instruire les Saxons, dont la christianisation
(engagée les armes à la main à l’époque carolingienne) est alors encore
jugée fragile. Aucun manuscrit de l’époque de rédaction n’est parvenu
jusqu’à nous, mais ce compendium des savoirs constituait bien alors
l’un des principaux supports de prédication et d’édification des
marches allemandes. L’insistance nouvelle sur des sciences étrangères
aux sept arts libéraux classiques (liés au langage et aux
mathématiques) peut parfois être interprétée comme une volonté de
lutter contre des superstitions liées aux phénomènes physiques et
naturels, mais elle tient systématiquement à des références aux
autorités écrites attestées (au risque de contorsions et de
contradictions, que seules de telles synthèses ont d’ailleurs pu
commencer à mettre en évidence).
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Le Livre XV : Les provinces |

Le Livre XVII : La botanique |
Bernard RIBEMONT (éd.),Le
livres
des propriétés des choses : une encyclopédie au XIVe siècle,
Ed.
Stock, coll. Moyen Age, 1999, 309 p.Ed. Stock, coll. Moyen Age, 1999,
309 p.
Plusieurs versions modernisées
de la
traduction de Corbichon reprises ici sont tirées du travail de B.
Ribemont.
Elizabeth KEEN, The
Journey of a Book. Bartholomew the Englishman and the Properties of
Things.,
Australian National University E-Press, 2007, 199 p.
Disponible
en ligne
Voir également les illustrations
du Propriétaire des choses
(éd. 1482) mises en ligne sur Gallica.
Pour tout renseignement complémentaire,
vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie
Feurtet