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Le livre du moisFévrier 2010

Joseph-Antoine Risso & Pierre-Antoine Poiteau,
Histoire naturelle des orangers... Ouvrage orné de 109 figures d'après nature...,
Paris : Impr. Hérissant, 1818, [3]-280 p., 109 pl. h.t.

Cote BIUP : 5249

Voir les 109 planches numérisées
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Portrait de Joseph-Antoine Risso

François-Edmond VAYROLATTI, La Pharmacie à Nice du XVIe au XIXe siècle. Un pharmacien niçois, Antoine Risso (1777-1845), thèse de l'Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier, Nice : Impr. " La Dépêche ", 1911. [Cote BIUP : 31725]

Portrait d'Antoine Risso


Portrait de Joseph-Antoine Risso
[Cote BIUP : 31725]


Antoine Risso (1777-1845), issu d’une ancienne famille niçoise, fut instruit en botanique par le professeur G.B. Balbis, dont il prenait les leçons dès l’âge de 11 ans à Villefranche-sur-Mer. Le 1er octobre 1792, au surlendemain de l’entrée des troupes françaises révolutionnaires dans Nice, Risso devient apprenti auprès de l’apothicaire Augustin Balmossière Chartroux [1728-1813, qui avait réalisé le premier herbier de la région niçoise vers 1780]. Les Règlements de l’Université de Turin (1777), alors en usage dans ce port du Royaume de Piémont-Sardaigne, font alors obligation aux apothicaires et droguistes « d’avoir un garçon de boutique qui soit approuvé après avoir subi un examen ». En 1799-1800, exempté de service militaire, Risso demande à être adjoint à l’hôpital de Nice en qualité de pharmacien de 3e classe. Nommé responsable du jardin de l’Ecole centrale (nivôse an X) qu’il réorganise, Risso s’offre quelques mois plus tard pour être chargé du cours de botanique de cette Ecole (futur Lycée de Nice, dont Risso devient en 1813 le professeur de sciences physiques et de sciences naturelles).

En brumaire an XI (oct.-nov. 1802), après sept années d’apprentissage et de formation (cours de chimie de Fodéré à l’Ecole centrale), et fort de l’autorisation du Collège départemental de pharmacie, Risso passe avec succès ses examens devant la Commission de santé des Alpes-Maritimes (quelques mois plus tard, la loi du 21 germinal an XI transformait ces Commission et Collège, créés sous le Directoire, en un jury médical départemental). Son officine, installée rue Egalité (auj. place Saint-Dominique), devient la plus réputée de Nice sous l’Empire et sous la restauration sarde. Le Protomedico, premier médecin des Etats de Savoie, le confirme comme pharmacien après 1814, malgré ses positions profrançaises. La plupart des officiers de santé de la région et des régiments militaires commandent leurs médicaments chez Risso.

Risso le zoologiste

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Risso le zoologiste

Pionnier de l’alpinisme dans sa région (une cime du Mercantour porte son nom depuis 1918), Risso herborise dans la région niçoise et fréquente assidûment la poissonnerie du port. Il publie en 1810 une Ichtyologie des Alpes-Maritimes, puis une Histoire naturelle des crustacés des environs de Nice (1816) qui attirent l’attention du monde naturaliste. En 1825, il cède son officine à son élève Roubaudi afin de se consacrer pleinement à l’étude des sciences et à ses recherches botaniques et zoologiques. Nommé conseiller de la ville et administrateur du Théâtre de Nice en 1830, chargé du Jardin d’horticulture de la Chambre royale où il fait planter des milliers d’arbres fruitiers, professeur de chimie médicale et de botanique à la formation des écoles préparatoires de médecine et de pharmacie de Nice (1832), Risso s’éteint en août 1845, reconnu comme l’un des principaux savants de sa région.

Membre de la Société d’agriculture de Nice, correspondant d’une trentaine de sociétés savantes, Risso se voit demander par le ministère de l’Intérieur, en 1811, un rapport sur les limites de la culture des oliviers et des orangers dans le Niçois, et adresse l’année suivante un mémoire étendu sur les agrumes (imprimé dans les Annales du Muséum). La Riviera, creuset de l’agrumiculture occidentale dès la Renaissance, connaît depuis le XVIIIe s. une expansion sans précédent de ce secteur (citrons de Menton notamment) : nombreux y sont les édiles locaux et les riches hivernants de l’aristocratie et de la bourgeoisie européennes à se passionner pour l’agrumiculture. C’est en fréquentant les vergers de production et jardins particuliers de la région de Nice que Risso effectue ses recherches, et peut expédier au Muséum diverses variétés d’oranger. Ainsi baptiste-t-il le Citrus Auratus Gordonia du nom de lady Alicia Gordon, soeur d’un célèbre diplomate, le comte d’Aberdeen, et « amateur instruit de botanique » [Hist. Nat. Eur. mér., 1826].

En mai 1813, Risso se rend à Paris pour la première fois et fait la rencontre de nombreux naturalistes (Lacepède, Desfontaines...), dont le dessinateur Pierre-Antoine Poiteau [1766-1854, jardinier au Jardin des plantes, à l’Ecole de médecine, puis responsable des pépinières royales de Versailles, et auteur d’une magistrale Pomologie française parue en 1846 [cote BIUP : 315]. Poiteau s’était alors déjà vu commander des aquarelles par le comte et diplomate Gallesio, qui envisageait de publier une édition illustrée de son Traité des citrus (1811), mais les retards puis l’abandon de ce projet l’incitent à préparer avec Risso une vaste somme illustrée sur les agrumes.

Les agrumes avant Risso

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Les agrumes avant Risso :
une brève histoire
des « pommes d’or »

La publication de l’Histoire naturelle des orangers s’effectue graduellement, de 1818 à 1822, en 19 livraisons. L’ouvrage est dédié à la Duchesse de Berry (belle-fille de Charles X, dernier roi Bourbon de France, et originaire d’une contrée agrumicole, la Sicile) qui a soutenu la souscription à cette publication :

"Puisse cet ouvrage offrir quelques délassements à Votre Altesse Royale, en retraçant à ses yeux l’image des fruits qu’elle cueillit souvent de sa propre main sous le beau ciel de l’Italie ; puisse-t-il engager à les cultiver dans la patrie que vous avez adoptée...."

A travers l'étude d'arbres fruitiers par trop délaissés des systématiciens, l'oeuvre de Risso représente à la fois un travail de classement et un plaidoyer en faveur de la botanique appliquée. Selon lui, la suprématie linnéenne et "ses classifications plus ou moins savantes" auraient amené les botanistes à se détourner de l’étude de certaines plantes sur la base infondée qu’elles ne seraient que monstres, variétés et cultivars. Cette tendance est particulièrement nette dans le cas des Citrus, pour lesquels Linné n’a retenu que trois catégories (trifoliata, medica et aurantium, dont se détachent plus tard les pomelos : C. decumana).

"C'est une chose assez remarquable que la légèreté avec laquelle les botanistes décident, du fond de leur cabinet, que telle plante est une variété, et qu'en conséquence elle est indigne de leur attention. On les voit blanchir, la loupe à la main, sur une mousse, sur un lichen de la Nouvelle-Hollande ou de la Cochinchine, et ils négligent de savoir, a priori, quel est le froment qui fait le meilleur pain et quel est le raisin qui fait le meilleur vin. A peine trouve-t-on quelques orangers dans leur répertoire, malgré le grand intérêt qu'excitent ces arbres charmants chez tous les peuples et dans tous les climats. (...) Tant que la botanique sera, sous beaucoup de rapports, une science spéculative, nous ne devons pas espérer de voir les botanistes s'occuper de cette distinction..." [p. 29]

Histoire naturelle des orangers, Paris : Connaissance & Mémoires, 2000, 2 vol. (Reprod. en fac-sim. de l'édition originale de 1818-1822 ; commentaires et développements par Bernard Aubert et Joseph Marie Bové).
L’étude de loin la plus complète à ce jour de la grande « citriographie » de Risso et Poiteau, où l’on trouvera également de nombreuses mises en perspective sur l’histoire de l’agrumiculture et les pratiques agrumicoles contemporaines.

François-Edmond VAYROLATTI, La Pharmacie à Nice du XVIe au XIXe siècle. Un pharmacien niçois, Antoine Risso (1777-1845), thèse de l'Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier, Nice : Impr. " La Dépêche ", 1911. [Cote BIUP : 31725]
Cette thèse a par ailleurs été commentée par Th. Monod et J.-C. Hureau dans « Antoine Risso : volume publié à l’occasion du bicentenaire de sa naissance », Annales du Muséum d’histoire naturelle de Nice, t. 5, 1977.

S. TOLKOWSKY, Hesperides : a history of the culture and use of citrus fruits, Westminster : Staples and Staples, [1937].

Gaston FREDJ, L'ange & l'orchidée : Risso, Vérany & Barla, une lignée de savants de renommée mondiale à Nice au XIXe siècle, Nice : Serre, 2007.

J.-Antoine RISSO, Histoire naturelle des principales productions de l'Europe méridionale et particulièrement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes, Paris : Levrault, 1826, 5 vol. [Cote BIUP : 12035]

J.-Antoine RISSO, Essai sur l’histoire naturelle des orangers, bigaradiers, limettiers, cédratiers, limoniers ou citronniers cultivés dans le département des Alpes Maritimes, [Extr. des "Annales du Muséum d'histoire naturelle", t. 20], Paris : G. Dufour & C.ie, 1813. [Cote BIUP : 5973]

Georges GALLESIO, Traité du citrus, Paris : L. Fantin, 1811. [Cote BIUP : 12031]

Giovanni Battista FERRARI, Hesperides, sive De malorum aureorum cultura et usu libri quatuor, Rome : H. Scheus, 1646. [Cote BIUP : RES 206]
Cet ouvrage est disponible sous forme numérisée sur le site du Missouri Botanical Garden
Planches également numérisées sur le site du château épiscopal de Kromeriz en Moravie


Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie Feurtet


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