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Le livre du moisMai 2010

Francisco Hernandez,
Rerum medicarum Novae Hispaniae thesaurus, seu plantarum, animalium, mineralium Mexicanorum historia ex Francisci Hernandez (...) a Nardo Antonio Reccho (...) collecta ac in ordinem digesta (...)
[Trésor des matières médicales de la Nouvelle-Espagne, ou histoire des plantes, des animaux et des minéraux du Mexique d’après Francisco Hernandez,… rassemblé et mis en ordre par N. Ant. Recchi…]
Rome, Typ. V. Mascardi, 1651

Cote BIUP : RES 5371


Eléments de la matière médicale aztèque
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Francisco Hernandez, Trésor des matières médicales de la Nouvelle-Espagne... : titre gravé. [Cote BIUP : RES 5371]

Œuvre de Johann Friedrich Greuter (1590-1662 : fils d’un graveur allemand établi à Rome, et dont l’atelier travailla essentiellement au service des papes et des Lincei). Sans doute réalisé en 1627, ce titre gravé porte les armes du roi Philippe II (surmontées de la devise de la Maison d’Espagne Et plus ultra, introduite par Charles Quint). Sous un fronton monumental, quatre Aztèques ont à leurs pieds une carte de la Nouvelle-Espagne, de Quigata (actuel Arkansas) à l’isthme de Tehuantepec (« Tecoantepec ») et à la presqu’île du Yucatan (« Iucata »).


Titre gravé

Francisco Hernandez (près de Tolède, 1515 – Madrid, 1587) étudie la médecine à l’université Alcala de Henares, où il se rapproche des courants de pensée érasmiens et humanistes, et obtient son diplôme de bachiller en 1536. Il exerce dans différentes cités du royaume d’Espagne, avant de devenir professeur (vers 1557) à l’hôpital du monastère hiéronymite de Guadalupe, l’un des hauts lieux de l’étude de l’anatomie dans la péninsule ibérique depuis le bas Moyen Age, où il procède à des dissections, herborisations, expérimentations, et commence à traduire et commenter Pline, Hippocrate et Galien. Cette charge prestigieuse lui ouvre les portes de la Cour d’Espagne, où il exerce dès le début des années 1560 (y rencontrant notamment A. Vésale et F. Vallès).

En 1567, Hernandez est nommé médecin de la Chambre du roi Philippe II, qui décide peu après de lui confier la direction de la première grande expédition naturaliste organisée par une puissance occidentale en Amérique, et d’en faire le protomedico general de ses colonies du Nouveau Monde. Parti en septembre 1570 de Séville avec son fils et le géographe F. Dominguez, débarqué début 1571 à Veracruz, Hernandez sillonne pendant trois ans l’Amérique centrale (dont l’occupation par les Espagnols est achevée depuis les années 1550). Sa mission principale étant d’enquêter sur les pratiques médicales des guérisseurs amérindiens, il rassemble une quantité considérable de données et d’échantillons (herbiers, dessins et aquarelles réalisés par des artistes indigènes, descriptions botaniques et zoologiques, notes médicales, ethnographiques, linguistiques…). Alors que l’itinéraire tracé par le roi d’Espagne aurait dû le mener jusqu’au Pérou, Hernandez s’en tient essentiellement aux actuels plateaux et vallées du Mexique (où l’art des jardins a été particulièrement développé par les empereurs et la noblesse aztèques). Se fixant en 1575 à Mexico, à l’hôpital de Huaxtepec, il doit faire face à une grande épidémie de variole et de fièvre hémorragique (importées d'Europe, ces « grandes maladies » ou cocoliztli décimèrent les populations amérindiennes). En 1576, il adresse au roi d’Espagne son manuscrit principal de l’Histoire naturelle de la Nouvelle-Espagne.

De retour en Espagne en 1577, fait médecin du dauphin, Hernandez meurt avant de voir publiés les fruits de ses immenses travaux, en partie censurés par Philippe II : certains théologiens voient en effet un soupçon d’hérésie dans la nouvelle Genèse du « troisième Pline », qui quadruple subitement le nombre de plantes connues et nommées depuis Dioscoride. Tandis qu’au début des années 1570, un certain enthousiasme règne dans les premiers échanges entre Hernandez et son monarque, ses amitiés avec les Judaïsants de Guadalupe, ainsi que l’ouverture dont il fait preuve en décrivant les rituels médicaux aztèques, sont frappés d’ostracisme après la décision prise par le Roi très catholique, en 1577, d’interdire toute étude sur les cultures païennes amérindiennes. A cette même époque, les autorités espagnoles font ainsi confisquer la somme ethnographique sur les Aztèques compilée par Bernardino de Sahagun, ou « Codex de Florence », dont la partie pharmaceutique a sans doute été rédigée par Hernandez.

L’histoire mouvementée des différents textes issus des explorations et recherches d’Hernandez commence du vivant de ce dernier : affaibli par ses années de mission, soupçonné de dissidence idéologique, il se voit préférer, en 1580, le naturaliste napolitain Nardo Antonio Recchi (botaniste royal) dans la tâche de préparer un abrégé de ses travaux. Durant deux ans environ, Recchi compulse certains des seize volumes adressés par Hernandez à Philippe II, non pour en faire un simple résumé, mais plutôt en vue de sélectionner des articles concernant les usages médicinaux des naturalia décrits. Les seize manuscrits royaux disparaissent dans l’incendie de la bibliothèque de l’Escorial en 1671 : si les différentes éditions des œuvres de Hernandez parues à partir du XVIIe s. sont fidèles aux textes d’origine, les couleurs et la précision des dix volumes d’aquarelles originelles (dont des copies subsistent au sein du Codex Pomar) ne se retrouvent cependant pas dans les gravures italiennes revues par Bolivar, religieux mexicain. Le seul témoin direct des copies princeps de l’Histoire naturelle de la Nouvelle-Espagne est le livre unique sur les animaux et les minéraux, suivi d’un index botanique, réalisés en 1626 par Andres de los Reyes, reproduits dans l’édition romaine ici présentée, et auj. conservés à la BU de Médecine de Montpellier.

Francisco Hernandez, Trésor des matières médicales de la Nouvelle-Espagne... : ornement typographique. [Cote BIUP : RES 5371]

Vue imaginaire de la Nouvelle-Espagne imprimé au départ de chaque oeuvre, où sont figurés un Espagnol observant un palmier, une ville de colons au bord d’une mer sillonnée par deux galions, des arbres et des fleurs surdimensionnées, un iguane, un bison, un oiseau et un animal aquatique. Dans la marge supérieure : ex-libris de N.J.G. Guibourt (1790-1867), professeur d’histoire naturelle des médicaments (matière médicale) à l’Ecole de pharmacie de Paris de 1832 à 1865, et auteur d’une importante Histoire naturelle des drogues simples (six fois rééditée).

Ornement typographique (p.1)



Francisco Hernandez, Trésor des matières médicales de la Nouvelle-Espagne... : ornement typographique. [Cote BIUP : RES 5371]

Bandeau aux armes de l’Accademia dei Lincei.

Ornement typographique (p.101)

C’est à Mexico qu’ont lieu les premières publications d’une partie des travaux de Hernandez : d’abord en 1607, sous forme d’un index en appendice à un traité médical (Verdadera medicina, par Juan Barrios), puis sous forme d’une copie de la sélection Recchi imprimée en espagnol, en 1615 (Quatro libros, par le dominicain Francisco Ximenez) ; d’autres versions voient par la suite le jour en Europe (De Laet 1633, Nieremberg 1635). Vers 1611, les manuscrits des textes originaux de Recchi sont acquis à prix fort par Federico Cesi, fondateur à Rome de l’Académie des Lynx (Accademia dei Lincei, 1603), passionné par l’étude et l’acclimatation des plantes exotiques, qui choisit ainsi de faire de l’édition d’une encyclopédie du Nouveau Monde l’une de ses pierres angulaires. Cesi parvient à se procurer plusieurs centaines de copies des illustrations de Hernandez, et projette d’envoyer des collaborateurs en Amérique centrale afin d’affiner les commentaires. En 1628, une partie notable de cette grande œuvre est prête à la publication (gravures sur bois réalisées dès 1619, et impression de plusieurs exemplaires des Animalia mexicana annotées par J. Faber), lorsque survient la mort de Cesi (1630), laissant l’entreprise sans soutien financier. Le Trésor mexicain de Hernandez paraît finalement deux décennies plus tard, en 1649-1651, grâce au mécénat de l’ambassadeur d’Espagne à Rome, obtenu par l’entregent de Francesco Stelluti, l’un des derniers Lincei. La dédicace initialement prévue au cardinal Barberini (protecteur des Lincei, qui doit fuir l’Italie après l’avènement d’Innocent X au pontificat) est alors remplacée par une dédicace au roi d’Espagne Philippe IV.

Quand Pline et Dioscoride recensent 500 à 600 plantes, la somme botanique de Hernandez atteint les 3000 articles, faisant voler en éclat les cadres classificatoires classiques : ce qui l’amène à faire de l’étymologie nahuatl – fondée sur les propriétés et l’habitat des plantes – sa base taxonomique, en la mêlant parfois à du latin. Recchi modifie cet ordre en privilégiant les catégories classiques héritées de Théophraste : arbres, arbustes, puis herbes séparées entre aromatiques, âcres, amères, salées & sucrées, acides. En plus de cette première partie botanique due à Recchi (400 plantes env., distribuées en 10 livres), l’édition romaine de 1651 comprend une Histoire naturelle des animaux et minéraux de Nouvelle-Espagne par Hernandez, ainsi que les notes et commentaires de plusieurs Lincei, dont le prince Cesi s’était entouré en vue de ce grand projet éditorial et scientifique : Johann Schreck (dit Terrentius) et Fabio Colonna (principal traducteur en latin) pour les parties botaniques, Johann Faber (médecin de Bamberg) pour les parties zoologiques. Sont jointes à l’ensemble les Tabulae Phytosophicae de Cesi exposant les principes de la botanique.

La publication finale des travaux de Hernandez eut une empreinte durable dans la connaissance botanique du Nouveau monde, et servit de référence à des auteurs aussi importants que John Ray (Historia plantarum, 1686-1704) et E.-F. Geoffroy (Tractatus de materia medica, 1741). Au XIXe s. encore, l’Histoire naturelle des drogues simples y fait référence : l’exemplaire de la BIU de Pharmacie porte ainsi l’ex-libris de Guibourt, ainsi que ses annotations manuscrites identifiant certaines plantes.

La principale étude sur l’oeuvre de Hernandez a été publiée en 2000, en deux ouvrages distincts, aux Presses de l’université de Stanford :

Simon VAREY, Rafael CHABRÁN, Dora B. WEINER (éd.), Searching for the secrets of nature: the life and works of Dr. Francisco Hernández, Stanford University Press, 2000, XVI-229 p. [Cote Museum : 127374]

Simon VAREY (éd.), The Mexican treasury : the writings of Dr. Francisco Hernández, Stanford University Press, 2000, xix-281 p.

Les archives de Simon Varey sont par ailleurs conservées à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA, inventaire disponible en ligne).

Luigi GUERRINI, « The Accademia dei Lincei and the New World », Max-Planck-Institut für Wissenschaftsgeschichte, Preprint 348, 34 p. Article disponible en ligne.

M. C. SANCHEZ TELLEZ (et al.), La doctrina farmacéutica del Renacimiento en la obra de Francisco Hernández, 1515-1587, Universidad de Granada, 1981, 140 p. - Estudios del Departamento de historia de la farmacia y legislación farmaceutica Universidad de Granada, no. 6.

José María LOPEZ PIÑERO, José Pardo TOMAS, La influencia de Francisco Hernández, 1515-1587, en la constitución de la botánica y la materia médica modernas, Valencia, C.S.I.C., 1996, 260 p. – Cuadernos valencianos de historia de la medicina y de la ciencia, no. 51-A. [Cote BIUM : 230692-51]

Pau C. STANDLEY, Trees and Shrubs of Mexico, Washington, Smithsonian Press, 1920-1926, 2 vol. (Contributions from the United States herbarium, no. 23). [Cote BIUP : P 11190-1923]
Une flore du Mexique restée longtemps une référence : en plus des descriptions et distributions des plantes, Standley donne de nombreuses indications sur leurs usages médicinaux traditionnels et sur leur valeur économique.

Certaines vues de l’édition romaine de 1651 ont été numérisées par la John Carter Brown Library (située à Providence, Rhode Island), au sein du corpus « Atlantic Materia Medica », sur le site Archive of Early American Images. La bibliothèque John Carter Brown est par ailleurs en possession d’un manuscrit original de la « Sélection Recchi », en partie de la main de ce dernier (Codex Latin 5). D’après Varey et al., The Mexican Treasury (p. 13), une partie des articles de matière médicale présent dans le Codex latin 5 a été omise dans l’édition romaine de 1651, correspondant systématiquement aux parties finales des 10 livres ; il s’agirait d’un choix de l’imprimeur au moment de la répartition du travail de composition, afin d’éviter des impressions partielles de cahiers. L. Guerrini, en revanche, souligne que ce manuscrit n’est certainement celui qui a servi de base au travail des Lincei ; il s’agirait plus probablement d’une copie ayant précédé l’édition mexicaine de 1615.

L’ouvrage est par ailleurs intégralement consultable sur le site de la bibliothèque numérique de l’université de Göttingen (possibilité de téléchargement en PDF), ainsi que sur Dioscorides, bibliothèque numérique de l’université Complutense à Madrid.

Peut également être consulté avec profit le Dictionnaire de la langue nahuatl classique (par Alexis Wimmer), consultable en ligne à l’adresse : http://sites.estvideo.net/malinal


Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie Feurtet


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